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Deux décrets publiés au Journal officiel du 31 juillet 2026 changent la manière dont les trimestres accordés aux parents entrent dans le calcul de la retraite. Ces trimestres, attribués au titre de la maternité, de l’adoption, de l’éducation des enfants ou du congé parental, ne datent pas d’hier : ils allongeaient la durée d’assurance sans créer de droits supplémentaires. Un parent pouvait donc les accumuler sans partir plus tôt ni toucher davantage.
La mesure s’inscrit dans un chantier plus large, celui de l’écart de pension entre les femmes et les hommes, hérité de carrières interrompues ou passées à temps partiel. Elle vient du conclave des partenaires sociaux de l’été 2025, puis de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, avant d’être traduite en textes d’application. Les nouvelles règles visent les pensions prenant effet au 1er septembre 2026, ce qui laisse peu de marge aux futurs retraités concernés. Faut-il pour autant revoir sa date de départ ?
Ce que prévoient les décrets du 29 juillet 2026
Les deux textes portent les numéros 2026-699 et 2026-700. Signés le 29 juillet, publiés deux jours plus tard, ils sont entrés en vigueur le 1er août, mais leurs effets ne concernent que les pensions liquidées à partir du 1er septembre. Les retraites déjà liquidées ne seront pas recalculées selon ces nouvelles règles.
Le premier décret agit sur le montant de la pension, en réduisant le nombre d’années de salaire retenues pour établir le revenu annuel moyen. Le second agit sur la date de départ, en autorisant la prise en compte de trimestres d’enfant dans le décompte des trimestres cotisés du dispositif carrière longue. Deux leviers distincts, deux publics distincts, même si un assuré peut relever des deux à la fois.
Aucune démarche particulière n’est prévue par les textes pour bénéficier du nouveau calcul de pension. Les caisses appliquent la règle aux dossiers liquidés à compter de la date d’effet, ce qui suppose une adaptation rapide de leurs systèmes de calcul. Les deux mécanismes méritent d’être repris un par un.
Deux trimestres d’enfant reconnus comme cotisés
La retraite anticipée pour carrière longue suppose d’avoir commencé à travailler jeune et d’avoir réuni un nombre minimal de trimestres cotisés, fixé à 168 pour les générations concernées. Les trimestres de parentalité, eux, relevaient jusqu’ici des périodes assimilées : ils comptaient dans la durée d’assurance, jamais dans les trimestres cotisés. Une mère ayant travaillé tôt puis interrompu sa carrière restait bloquée à quelques trimestres du seuil.
Le décret 2026-700 permet désormais d’en requalifier jusqu’à deux. Le plafond vaut par assuré et non par enfant, si bien qu’une famille nombreuse n’ouvre pas davantage de droits. Pour les personnes qui butaient sur ce seuil, le gain peut atteindre deux années de départ anticipé, ce qui n’a rien d’anecdotique en fin de carrière. Le second mécanisme, lui, ne joue pas sur la date mais sur le montant.
Une pension calculée sur 24 ou 23 meilleures années
Dans le régime général, la pension de base se calcule sur les 25 meilleures années de salaire. Le décret 2026-699 abaisse ce nombre pour les parents : 24 années retenues avec un enfant, 23 à partir de deux. Le principe du calcul reste identique, seule la fenêtre retenue se resserre.
L’effet mécanique consiste à écarter les années les moins rémunératrices, souvent celles d’un congé parental ou d’un passage à temps partiel. Retirer une ou deux de ces années relève le revenu annuel moyen, et donc la pension servie. Le gain dépend entièrement de la forme de la carrière : sensible pour un parcours heurté, quasi nul pour une carrière linéaire et bien rémunérée.
Selon les estimations gouvernementales, plus d’une femme sur deux verrait sa pension améliorée par cette nouvelle règle de calcul. Le texte ne réserve pourtant rien aux mères : tout parent titulaire de trimestres au titre des enfants peut l’invoquer. La répartition constatée tiendra à la réalité des carrières, pas à la lettre du décret.
Cette logique du revenu de référence explique aussi pourquoi un plan d’épargne retraite reste un complément utile : il ne modifie pas le calcul du régime de base, il s’y ajoute. La pension publique obéit à des règles collectives, l’épargne individuelle à des arbitrages personnels. Encore faut-il savoir qui relève exactement de ces textes.
Les régimes et les situations concernés
Le champ d’application n’est pas uniforme d’un décret à l’autre, et quelques exclusions méritent d’être connues avant de projeter un calcul. Les deux textes ne couvrent pas les mêmes régimes, ce que résume la liste suivante.
- Le dispositif carrière longue assoupli vise les salariés du privé, les fonctionnaires, les salariés et non-salariés agricoles, les professions libérales et les avocats ;
- Plusieurs régimes spéciaux sont également couverts, parmi lesquels la SNCF, la RATP, la Banque de France et les clercs de notaires ;
- Le calcul sur 24 ou 23 années s’applique au régime général, au Fonds spécial des pensions des ouvriers des établissements industriels de l’État et aux clercs de notaires ;
- Les fonctionnaires d’État en sont écartés, leur pension reposant sur le traitement des six derniers mois ;
- Une bonification d’un trimestre par enfant est créée pour les femmes affiliées à la CNRACL et certaines ouvrières de l’État, lorsque l’accouchement suit le recrutement et que l’enfant est né à partir du 1er janvier 2004.
Cette dernière mesure est la seule des trois à viser explicitement les femmes, et elle concerne les agents territoriaux et hospitaliers dont la carrière s’est construite après un recrutement statutaire. Les deux autres s’adressent aux pères comme aux mères, à conditions égales.
Reste la question de l’ampleur réelle, qui se mesure moins en principes qu’en nombre de bénéficiaires.
Une portée plus étroite que l’affichage
Le contraste entre les deux mesures est net. L’assouplissement de la carrière longue ne toucherait que 3 % des femmes nées en 1970, soit environ 13 000 personnes selon les données gouvernementales. Le nouveau calcul du salaire de référence a une assiette bien plus large, pour des effets individuels souvent modestes.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a défendu le 5 août 2026 une lecture plus ambitieuse de ces textes, en les inscrivant dans la correction des inégalités de carrière. La formule employée assume une portée symbolique autant que technique.
Avec ces deux mesures, nous avons fait un choix de justice qui devient une réalité aujourd’hui : mieux reconnaître l’impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable.
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, communication officielle du 5 août 2026
Les spécialistes de la retraite tempèrent cet affichage. Sandrine Guilherm, conseillère au cabinet Capiséo, juge la mesure carrière longue la plus intéressante des trois tout en soulignant le très petit nombre de femmes concernées. Le seuil des 168 trimestres reste l’obstacle déterminant : deux trimestres n’y changent rien quand il en manque huit.
Le relevé de carrière redevient un document à ouvrir
La requalification des trimestres de parentalité au titre de la carrière longue ne s’opère pas d’office, et les justificatifs d’attribution restent à produire auprès de la caisse. Un relevé incomplet peut coûter deux années de départ anticipé, alors même que les droits existent bel et bien.
Le calendrier ajoute sa propre contrainte. Les pensions liquidées avant le 1er septembre resteront calculées selon l’ancienne règle, sans révision rétroactive. Quelques semaines d’écart sur une date d’effet vont donc séparer deux dossiers pourtant identiques, ce qui nourrira sans doute les réclamations des prochains mois.
Ces décrets rappellent surtout que la pension de base se construit sur des années de salaire déclarées, bien avant la demande de départ. Le sujet est moins technique qu’il n’y paraît pour qui envisage de préparer un complément de revenus. L’écart de pension entre les femmes et les hommes se joue autant dans ces lignes de calcul que dans les débats qui les précèdent.

