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- Un zonage revu pour coller à la réalité des sinistres
- Vendre un terrain : l’étude de sol devient la pièce à fournir
- Construire : l’étude G2 ou les règles forfaitaires
- Ce que le risque argile pèse déjà sur vos cotisations
- Une aide publique encore réservée à onze départements
- Un zonage qui déplace la question au moment de la signature
Un sol argileux se comporte comme une éponge : il se rétracte quand l’été l’assèche, il gonfle quand les pluies reviennent. Ces mouvements lents, appelés retrait-gonflement des argiles, suffisent à fissurer une façade, à soulever un dallage ou à bloquer une porte. Ils constituent aujourd’hui le premier poste de sinistres climatiques pour les maisons individuelles françaises, très loin devant ce que la plupart des propriétaires imaginent en signant leur contrat d’assurance.
Depuis le 1er juillet 2026, la carte officielle qui recense ces terrains a changé. Elle ne modifie pas votre contrat d’habitation du jour au lendemain, mais elle redessine le périmètre des obligations qui pèsent sur les vendeurs de terrains et les constructeurs, et elle concerne désormais une maison individuelle sur six en France. Que faut-il vérifier, concrètement, si vous vendez, achetez ou faites construire ?
Un zonage revu pour coller à la réalité des sinistres
La cartographie précédente datait de 2020. L’arrêté du 9 janvier 2026, pris dans le cadre du troisième plan national d’adaptation au changement climatique, la remplace intégralement. Le travail a été confié au BRGM et à la Mission risques naturels, qui ont croisé des données géologiques et la sinistralité réellement constatée sur le terrain, et non des projections théoriques.
Les chiffres expliquent la révision. D’après le BRGM, environ 240 000 sinistres liés au retrait-gonflement ont été déclarés entre 2018 et 2022, soit 58 % de tous les sinistres recensés depuis 1989. La seule sécheresse de 2022 a lourdement pesé dans ce total, au point de rendre la carte de 2020 obsolète en quelques années.
Depuis la publication de ce premier zonage, un nombre important de sinistres se sont produits, en particulier à la suite de la sécheresse de 2022. C’est notamment pour intégrer cette forte sinistralité que l’État a souhaité mettre à jour la cartographie d’exposition au risque.
BRGM, service géologique national, actualité publiée le 1er avril 2026
Le résultat tient en deux séries de nombres. Les zones classées en exposition moyenne ou forte passent de 48 % à 55 % du territoire hexagonal, et le nombre de maisons individuelles concernées grimpe de 10,3 à 12,1 millions, soit 61,5 % du parc contre 52,5 % auparavant. Des départements entiers, jusqu’ici classés en aléa faible, basculent en zone moyenne.
Vendre un terrain : l’étude de sol devient la pièce à fournir
Le nouveau zonage ne s’applique pas rétroactivement : il vise les actes conclus à partir du 1er juillet 2026, dans le cadre posé par l’article 68 de la loi Élan de 2018. Voici ce que cela implique si votre terrain se trouve désormais en exposition moyenne ou forte :
- le vendeur d’un terrain non bâti constructible doit fournir une étude géotechnique préalable, dite G1 ;
- cette étude s’annexe à la promesse de vente ou, en l’absence de promesse, à l’acte authentique ;
- elle reste valable trente ans tant que le terrain n’est pas remanié, ce qui évite de la refaire à chaque transaction ;
- son coût se situe couramment entre 800 et 1 500 €, à la charge du vendeur.
Une G1 absente, périmée ou portant sur une autre parcelle n’est pas un détail administratif : elle peut justifier une demande de report, une condition suspensive ou une renégociation du prix. L’acquéreur découvre souvent trop tard que les fondations coûteront plusieurs milliers d’euros de plus que ce que son budget prévoyait.
Cette étude préalable décrit le terrain, pas votre maison. C’est là que commence la confusion la plus fréquente, et elle se paie au moment de construire.
Construire : l’étude G2 ou les règles forfaitaires
Trois documents circulent dans les dossiers, avec des rôles qui n’ont rien d’interchangeable. Le tableau ci-dessous récapitule ce que chacun couvre réellement.
| Dispositif | Ce qu’il couvre | Qui le fournit | Coût indicatif |
|---|---|---|---|
| Étude G1 | Caractéristiques du terrain et principes généraux de construction | Le vendeur du terrain | 800 à 1 500 € |
| Étude G2 (AVP + PRO) | Fondations dimensionnées pour la maison réellement projetée | Le maître d’ouvrage, souvent via le CCMI | 1 800 à 3 500 € |
| Règles forfaitaires | Prescriptions imposées à défaut d’étude G2 | Le constructeur | Surcoût de chantier |
Sans étude G2, le constructeur applique des mesures renforcées définies par arrêté : fondations en béton armé d’au moins 0,80 m de profondeur en zone moyenne et 1,20 m en zone forte, chaînages renforcés, dallage désolidarisé, trottoir périphérique. Ces solutions standard reviennent presque toujours plus cher qu’une étude adaptée au sol réel, sans être mieux calibrées.
Depuis le 1er janvier 2024, une attestation de prise en compte du risque doit par ailleurs accompagner la déclaration d’achèvement des travaux en zone moyenne ou forte. L’élargissement du zonage multiplie mécaniquement le nombre de chantiers soumis à cette formalité.
Ce que le risque argile pèse déjà sur vos cotisations
Le retrait-gonflement n’est pas seulement une affaire de terrassement. Selon la Caisse centrale de réassurance, le coût annuel moyen de ces sinistres est passé d’environ 400 millions d’euros sur la période 1989-2015 à près de 1,5 milliard d’euros entre 2018 et 2022. La même source anticipe une sinistralité en hausse de 44 % d’ici 2050 par rapport à 2023.
Cette facture ne disparaît pas dans les comptes des assureurs : elle remonte jusqu’à votre échéance annuelle. Le régime des catastrophes naturelles repose sur la surprime prélevée sur chaque contrat dommages, dont le taux a été relevé pour financer un régime que la sécheresse déséquilibre.
La part qui reste à votre charge évolue elle aussi. Depuis cette année, la franchise réclamée lors d’aléas rapprochés ne peut plus être décomptée plusieurs fois pour un même bâtiment. Le législateur corrige les effets de bord d’un régime conçu en 1982, quand les épisodes de sécheresse ne se succédaient pas à ce rythme.
Une aide publique encore réservée à onze départements
Un dispositif de prévention existe en parallèle, mais il reste au stade de l’expérimentation. Le fonds de prévention argile est testé depuis octobre 2025 dans onze départements préfigurateurs : Allier, Alpes-de-Haute-Provence, Dordogne, Gers, Indre, Lot-et-Garonne, Meurthe-et-Moselle, Nord, Puy-de-Dôme, Tarn et Tarn-et-Garonne. Il finance, sous conditions de ressources, des diagnostics de vulnérabilité et des travaux préventifs pour les propriétaires occupants en zone d’exposition forte.
Ses critères viennent d’être assouplis par un arrêté du 23 avril 2026, entré en vigueur le 1er mai. Les maisons éligibles peuvent compter jusqu’à trois niveaux au lieu de deux, la condition liée aux fissures disparaît pour la phase de diagnostic, et la largeur maximale des fissures admise en phase travaux passe de 1 à 5 mm. Un simulateur d’éligibilité, mis à jour du nouveau zonage, permet de vérifier sa situation en quelques minutes.
Un zonage qui déplace la question au moment de la signature
Le nouveau zonage ne rend aucune maison inassurable et ne transforme pas un terrain argileux en terrain à problème. Il déplace le moment où la question se pose : avant la signature plutôt qu’après l’apparition des premières fissures, quand il ne reste plus qu’à discuter le cadre d’indemnisation des maisons fissurées avec un expert mandaté.
C’est un renversement discret mais réel. Pendant trente ans, le régime des catastrophes naturelles a absorbé les conséquences d’un risque géologique connu, sans que l’acquéreur d’un terrain ait à s’en préoccuper. La prévention devient une pièce du dossier, au même titre que le diagnostic de performance énergétique, avec un coût immédiat et un bénéfice différé de plusieurs décennies.
Reste à savoir ce que fera le marché de cette information nouvelle. Une parcelle classée en aléa fort se vendra-t-elle moins cher, ou le surcoût des fondations sera-t-il simplement absorbé dans le budget global ? Les 12,1 millions de propriétaires désormais concernés découvriront la réponse à leur prochaine transaction, et la carte de 2026 ne sera vraisemblablement pas la dernière : la sinistralité qui l’a motivée, elle, continue de progresser.

