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- Un nouveau cadre d’indemnisation entré en vigueur en 2024
- Quels dommages ouvrent droit à l’indemnisation
- Une indemnité désormais fléchée vers la réparation effective
- Vendre ou acheter un bien fissuré, une obligation d’information renforcée
- Les démarches concrètes en cas de fissures en 2026
- Anticiper plutôt que constater
Des fissures qui s’allongent sur une façade, un carrelage qui se soulève, une porte qui ne ferme plus : derrière ces désordres se cache souvent un phénomène géologique invisible, le retrait-gonflement des sols argileux. Quand un sol riche en argile s’assèche en été puis se gorge d’eau en hiver, il bouge sous la maison et fragilise les fondations. C’est la première cause de sinistres climatiques en France pour les habitations individuelles, et le régime des catastrophes naturelles couvre ces dégâts depuis 1989.
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2024, un nouveau décret encadre précisément les conditions d’indemnisation des sinistres liés à la sécheresse, et son application monte en charge en 2026 sur des milliers de dossiers en cours. Que change-t-il concrètement pour les propriétaires concernés ?
Un nouveau cadre d’indemnisation entré en vigueur en 2024
Le décret n° 2024-82 du 5 février 2024, pris en application de l’ordonnance du 8 février 2023, fixe les règles applicables à tous les sinistres survenus depuis le 1ᵉʳ janvier 2024. Il vient préciser une garantie longtemps jugée opaque par les sinistrés, en alignant le contenu de la couverture, les méthodes d’expertise et les modalités de versement de l’indemnité.
Le contexte de cette réforme est connu : selon la mission d’information du Sénat publiée en février 2023, le retrait-gonflement représente près de 40 % du coût du régime catastrophes naturelles depuis 2017, devant les inondations. La Caisse centrale de réassurance estime que 10,5 millions de maisons individuelles sont exposées au phénomène, soit plus d’un logement sur deux en zone pavillonnaire.
ImmobilierRachat de crédit immobilier : comment changer de banque ?Le texte introduit aussi une notion neuve : l’épisode de sécheresse « significatif », défini par des seuils d’humidité des sols mesurés par Météo-France. Un arrêté interministériel publié au Journal officiel reconnaît la catastrophe naturelle commune par commune, et c’est ce zonage qui ouvre, ou non, la porte à l’indemnisation.
Quels dommages ouvrent droit à l’indemnisation
Le décret délimite avec une précision nouvelle le périmètre de la garantie, qui se concentre sur les dégâts compromettant la structure ou l’habitabilité du logement. Les éléments concernés sont listés sans ambiguïté :
- les fissures traversantes affectant les murs porteurs et les façades, lorsqu’elles compromettent la solidité du bâti ;
- les désordres au niveau des fondations, des dallages et des planchers bas ;
- les déformations entraînant un défaut d’étanchéité à l’eau ou à l’air ;
- les déformations affectant l’usage normal du bâtiment, comme une porte ou une fenêtre qui ne ferme plus correctement ;
- les sinistres concomitants sur les réseaux enterrés intégrés au bâti (canalisations encastrées, réseaux d’évacuation).
À l’inverse, le décret ferme la porte sur des éléments longtemps litigieux. Les remises, garages détachés, terrasses extérieures, piscines, murs de clôture, allées et terrains de jeux sont explicitement exclus du champ de la garantie, sauf s’ils sont eux-mêmes adossés au bâti et compromis dans sa solidité.
Ce périmètre resserré clarifie un point qui empoisonnait les dossiers depuis dix ans, mais il met aussi en évidence les angles morts du dispositif pour les propriétaires d’annexes lourdement endommagées.
Une indemnité désormais fléchée vers la réparation effective
Le changement le plus structurant porte sur l’usage de l’indemnité versée par l’assureur. Jusqu’ici, un propriétaire pouvait théoriquement encaisser le chèque et choisir de ne pas réparer, ou de faire des travaux partiels. Le décret de février 2024 ferme cette option pour les sinistres récents.
L’assuré doit affecter l’indemnité aux travaux de remise en état effective recommandés par le rapport d’expertise. Une seule exception est prévue : si le coût des travaux dépasse la valeur du bien au moment du sinistre, l’obligation tombe, ce qui correspond aux cas où la démolition-reconstruction devient plus pertinente que la réparation.
Cette obligation d’usage protège à la fois l’assuré et le marché. Le propriétaire évite de se retrouver, dans dix ans, avec un bien dévalorisé par des désordres jamais traités. Et l’assureur s’assure que les sommes versées servent réellement à stopper la progression des fissures, pas à financer un projet annexe.
Le retrait-gonflement des argiles est devenu, depuis 2017, le premier poste de coût du régime des catastrophes naturelles en France, devant les inondations et la submersion marine.
Mission d’information du Sénat sur le régime des catastrophes naturelles à l’épreuve du changement climatique, rapport remis le 3 février 2023.
Pour le suivi, l’assuré conserve les factures des entreprises intervenues et peut être amené à justifier l’usage des fonds en cas de revente du bien dans les années qui suivent l’indemnisation.
Vendre ou acheter un bien fissuré, une obligation d’information renforcée
Côté immobilier, le décret instaure une transparence inédite. Lorsqu’un vendeur dispose d’un rapport d’expertise transmis par son assureur après un sinistre sécheresse, il doit désormais en informer l’acquéreur, en précisant les travaux préconisés mais non réalisés, ou ouvrant droit à une indemnisation non encore engagée. L’objectif est d’empêcher qu’un bien fissuré soit revendu en l’état sans que l’acheteur connaisse la nature exacte des désordres et le coût des réparations à venir.
RéformesSouscrire une assurance en ligne ou par téléphone : ce qui change à partir du 1er juin 2026Cette obligation s’ajoute à l’attestation « retrait-gonflement » déjà exigée à la déclaration d’achèvement des travaux des constructions neuves, en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2024 dans les zones d’aléa moyen et fort. Sur un marché tendu, la valeur d’un pavillon situé en zone argileuse se trouve désormais étroitement liée à la qualité de son dossier sinistre et à la traçabilité des travaux engagés.
Les démarches concrètes en cas de fissures en 2026
Face à l’apparition de désordres compatibles avec un épisode de sécheresse, la procédure suit un enchaînement précis qu’il vaut mieux maîtriser avant de signaler le sinistre à son assureur. La déclaration de l’assuré ne déclenche pas, à elle seule, l’indemnisation : elle s’inscrit dans un mécanisme communal et interministériel.
Le préalable indispensable, c’est la reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour la commune concernée. La demande est portée par la mairie auprès du préfet, qui la transmet à la commission interministérielle. Si l’arrêté est publié au Journal officiel, le sinistré dispose alors de trente jours à compter de cette publication pour déclarer son sinistre à son assureur, photos et premiers constats à l’appui.
L’assureur mandate ensuite un expert, qui établit la causalité entre les désordres observés et le mouvement de terrain. Le décret précise les délais : deux mois entre la déclaration et la proposition d’indemnité après expertise, puis un mois pour le versement. Quand le rapport conclut à la prise en charge, la franchise légale reste fixée à 1 520 € pour les habitations couvertes par un arrêté sécheresse.
Anticiper plutôt que constater
L’évolution du climat rend la prévention bien plus stratégique que l’indemnisation. Les épisodes de sécheresse-réhydratation seront de plus en plus fréquents, selon les projections de Météo-France et de la Caisse centrale de réassurance, qui anticipent un doublement du coût annuel du régime catastrophes naturelles d’ici 2050. Sur le terrain, cela signifie des arrêtés sécheresse de plus en plus nombreux, et des dossiers d’indemnisation plus standardisés mais aussi plus surveillés.
Assurance habitationSurprime catastrophe naturelle : pourquoi votre assurance habitation pèse plus lourd en 2026Reste pour les propriétaires concernés une équation complexe : identifier les premiers signaux d’un mouvement de terrain, faire chiffrer rapidement les travaux de stabilisation, et tenir à jour un dossier solide en cas de sinistre. Les communes les plus exposées commencent à proposer des diagnostics géotechniques préventifs, parfois cofinancés par le Fonds Barnier : une ressource encore mal connue, qui peut faire la différence avant que les premières fissures n’atteignent le gros œuvre.

