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Préparer sa retraite ne se résume plus à attendre la pension du régime obligatoire. La pension moyenne s’établit autour de 1 600 € bruts par mois selon la DREES, et le passage à la retraite s’accompagne d’une baisse de revenus sensible, surtout pour les cadres. Anticiper ce décalage suppose de se constituer une épargne longue, et un placement domine très largement ce terrain en France.
L’assurance vie est un contrat d’épargne à versements libres, qui combine un fonds en euros au capital garanti et des unités de compte investies sur les marchés, le tout en restant disponible à tout moment, sans blocage jusqu’à la retraite. Reste une question centrale pour qui pense à ses vieux jours : comment utiliser au mieux ce contrat pour préparer sa retraite, et que vaut-il face au plan d’épargne retraite ?
Un cadre souple pour se constituer un capital dans la durée
Les chiffres donnent la mesure du phénomène. D’après France Assureurs, l’encours de l’assurance vie atteignait 1 989 milliards d’euros fin 2024, en hausse de 4,2 % sur un an, avec une collecte nette de 29,4 milliards d’euros sur l’année. Cette confiance massive s’explique par un équilibre que peu de produits offrent.
L’année 2024 a permis à l’assurance vie de consolider sa position comme produit d’épargne préféré des Français. Dans un monde marqué par toujours plus d’incertitudes politiques et économiques, il représente un pôle de stabilité offrant à la fois sécurité et rendement.
Paul Esmein, directeur général de France Assureurs, communiqué du 31 janvier 2025
La souplesse du contrat en fait un outil de long terme accessible. Les versements sont libres ou programmés, dès quelques dizaines d’euros par mois, et la répartition entre fonds en euros et unités de compte s’ajuste au fil du temps : plus dynamique loin de la retraite, plus sécurisée à l’approche du départ. Cette mécanique ne prend toutefois toute sa valeur qu’avec le temps, car la fiscalité du contrat récompense la patience.
Une fiscalité qui se bonifie après huit ans
Le régime fiscal de l’assurance vie suit une logique simple : plus le contrat est ancien, plus les retraits sont doux. Les seuils à connaître avant de puiser dans son épargne sont liés à la date d’ouverture du contrat, d’où l’intérêt d’en ouvrir un tôt, même modestement :
- après huit ans, un abattement annuel de 4 600 € de gains retirés (9 200 € pour un couple) échappe à l’impôt sur le revenu ;
- au-delà de cet abattement, les gains sont taxés à 7,5 % seulement, pour les versements n’excédant pas 150 000 € ;
- avant huit ans, les retraits supportent le prélèvement forfaitaire de 12,8 %, auquel s’ajoutent 17,2 % de prélèvements sociaux ;
- tant qu’aucun rachat n’est effectué, les gains capitalisent sans aucune imposition.
Ouvrir un contrat ne serait-ce que pour prendre date constitue donc un réflexe patrimonial à faible coût, puisque le compteur des huit ans court dès le premier versement. Une fois ce cap franchi, le contrat peut se transformer en véritable machine à revenus.
Transformer son épargne en revenus réguliers
À la retraite, les rachats partiels programmés permettent de percevoir un complément mensuel ou trimestriel tout en laissant le reste du capital fructifier. Combinés à l’abattement annuel après huit ans, ces retraits réguliers peuvent générer un revenu complémentaire faiblement, voire pas du tout fiscalisé, pendant que le fonds en euros continue de servir un rendement de l’ordre de 2,6 % en moyenne en 2024.
La sortie en rente viagère reste une option pour sécuriser un revenu à vie. Son régime fiscal dépend de l’âge au premier versement de la rente, avec une fraction imposable de 40 % entre 60 et 69 ans, ramenée à 30 % à partir de 70 ans. Avant d’arbitrer entre capital et rente, encore faut-il situer l’assurance vie face à son concurrent direct sur le terrain de la retraite.
Assurance vie ou PER : ce qui les distingue vraiment
Le plan d’épargne retraite, créé par la loi Pacte, vise le même objectif avec une mécanique différente. Le tableau suivant résume les écarts décisifs entre les deux enveloppes pour un épargnant qui prépare sa retraite :
| Critère | Assurance vie | PER |
|---|---|---|
| Disponibilité | Retraits possibles à tout moment | Bloqué jusqu’à la retraite, sauf exceptions |
| Fiscalité à l’entrée | Aucune déduction des versements | Versements déductibles du revenu imposable |
| Fiscalité à la sortie | Abattements après huit ans | Capital et gains imposés à la sortie |
| Transmission | Cadre dédié très favorable | Réintégration selon l’âge au décès |
Le PER séduit d’abord les contribuables fortement imposés, qui déduisent leurs versements dans la limite de 10 % de leurs revenus professionnels, et son succès se confirme avec une collecte nette en hausse de 17 % en 2024, à 9,9 milliards d’euros pour 6,9 millions d’assurés selon France Assureurs. L’assurance vie garde l’avantage de la liquidité et d’une fiscalité de sortie plus légère, ce qui en fait souvent le socle, le PER venant en complément pour défiscaliser. Un dernier terrain départage encore les deux enveloppes.
La transmission, l’autre force du contrat
L’assurance vie permet de désigner librement ses bénéficiaires et de leur transmettre, pour les versements effectués avant 70 ans, jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire en franchise totale de droits. Au-delà, un prélèvement de 20 % s’applique jusqu’à 700 000 €, et les versements réalisés après 70 ans conservent un abattement global de 30 500 €.
Ces capitaux sont versés directement aux bénéficiaires désignés, en dehors du circuit classique de l’héritage, ce qui évite bien des lenteurs face à une succession mal anticipée. La rédaction de la clause bénéficiaire mérite cependant une attention particulière et une relecture régulière, un divorce ou une naissance pouvant la rendre obsolète. Bien rédigée, elle complète une stratégie qui se construit sur des décennies.
Construire sa stratégie d’épargne dans la durée
Les deux enveloppes ne s’excluent pas, elles se combinent. Un épargnant peut loger sa précaution longue et sa transmission dans l’assurance vie, et concentrer sur le PER les versements qui allègent son impôt, en gardant un œil sur les nouvelles règles applicables aux supports de ces contrats, car le cadre réglementaire des deux produits continue d’évoluer.
Le facteur décisif reste le temps. Un contrat ouvert à 35 ans avec 100 € par mois pèse bien davantage au moment du départ qu’un effort tardif et massif, grâce aux intérêts composés et au cap fiscal des huit ans franchi de longue date. La vraie question n’est donc pas tant de choisir le meilleur produit dans l’absolu que de mesurer ce que chaque année d’avance rapporte à l’épargnant qui s’y prend tôt.

