Forfait sur les actes médicaux lourds : 32 euros au 1er avril 2026, ce que votre mutuelle doit rembourser

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Une hospitalisation, un examen d’imagerie ou une intervention chirurgicale laissent presque toujours une trace sur le relevé de remboursement : la participation forfaitaire sur les actes lourds. Cette somme fixe remplace le ticket modérateur habituel dès qu’un soin atteint un certain montant, et elle vient d’augmenter. Depuis le 1er avril 2026, son tarif passe de 24 € à 32 €, en application d’un décret publié quelques jours plus tôt au Journal officiel.

Cette hausse s’ajoute à celle des forfaits hospitaliers relevés au début du printemps, dans un mouvement plus large de transfert de dépenses entre l’Assurance maladie et les complémentaires santé. Pour la plupart des assurés, la facture reste invisible, car elle est absorbée par leur mutuelle. Encore faut-il comprendre qui paie réellement ces 32 € et dans quels cas ils peuvent finir à votre charge. Que change concrètement ce nouveau forfait pour votre budget santé ?

Ce que le décret du 30 mars 2026 fait basculer

Le texte qui acte la hausse est le décret n° 2026-228 du 30 mars 2026, paru au Journal officiel du 31 mars. Il relève de 24 € à 32 € la participation forfaitaire prévue par l’article L. 160-14 du code de la Sécurité sociale, soit huit euros de plus à chaque acte concerné. La mesure vaut pour tous les soins facturés à partir du 1er avril 2026.

Calculatrice, stéthoscope, billet et pièces en euros posés sur un bureau en bois.
Sans complémentaire santé, le forfait de 32 euros sur les actes lourds reste à régler directement par le patient.

Cette participation n’est pas une taxe supplémentaire posée sur le soin : elle correspond à la part que l’Assurance maladie ne rembourse pas sur les actes coûteux. Là où le patient acquitte d’ordinaire un ticket modérateur proportionnel, un montant fixe se substitue à ce pourcentage dès que le soin franchit le seuil réglementaire. Le relèvement décidé en mars déplace donc quelques euros de plus vers le patient ou son assureur à chaque passage.

Quels actes lourds déclenchent le forfait

Tous les soins ne sont pas concernés : le forfait ne se déclenche que pour les actes les plus lourds, repérés par leur tarif ou leur cotation. Deux critères suffisent à le faire apparaître sur votre décompte, quel que soit le lieu où l’acte est réalisé.

  • un acte dont le tarif atteint ou dépasse 120 € ;
  • un acte affecté d’un coefficient égal ou supérieur à 60 ;
  • en cabinet de ville, en centre de santé, à l’hôpital, en hospitalisation à domicile ou lors d’une consultation externe ;
  • une seule fois par journée ou par séjour, même si plusieurs actes lourds se succèdent.

Cette dernière règle limite l’addition : un séjour hospitalier ne supporte qu’un seul forfait, même quand l’imagerie, le bloc opératoire et les examens s’enchaînent. La logique reste inchangée, ce sont les soins les plus onéreux qui en relèvent, ceux pour lesquels le reste à charge théorique serait le plus élevé.

Une hausse qui s’inscrit dans une série de forfaits relevés

Le forfait sur les actes lourds n’a pas augmenté seul. Plusieurs participations ont été revalorisées au cours du printemps 2026, et leur cumul pèse sur le même poste : la part des soins non remboursée par la Sécurité sociale. Le tableau ci-dessous récapitule ces relèvements successifs.

ForfaitMontant précédentMontant 2026Entrée en vigueur
Forfait journalier hospitalier20 €23 €1er mars 2026
Forfait journalier en psychiatrie15 €17 €1er mars 2026
Forfait patient urgences19,61 €23 €1er mars 2026
Participation actes lourds24 €32 €1er avril 2026

Mis bout à bout, ces ajustements représentent un transfert estimé à 400 millions d’euros vers les complémentaires santé selon le budget de la Sécurité sociale, un montant que les organismes concernés évaluent plutôt à 530 millions d’euros en année pleine. La trajectoire est lisible, l’effort glisse progressivement du régime obligatoire vers les contrats privés.

Pourquoi votre complémentaire santé encaisse le choc

Pour la grande majorité des assurés, ce forfait de 32 € ne se traduit par aucun débours immédiat. Les contrats dits « responsables » doivent obligatoirement le rembourser, et ils couvrent la quasi-totalité des complémentaires souscrites en France. Près de 96 % des habitants disposent d’une telle protection, qui absorbe la hausse sans que le patient n’avance quoi que ce soit au guichet.

Ce mécanisme a un revers : ce que la mutuelle paie en plus, elle finit souvent par le répercuter. Les organismes complémentaires dénoncent un transfert de charges qui alimente la pression sur les cotisations des complémentaires, déjà sensible ces dernières années. L’Union nationale des organismes complémentaires a rendu un avis défavorable sur ces revalorisations, en pointant le risque d’une nouvelle vague de hausses tarifaires.

Une nouvelle fois, on demande aux personnes malades de payer davantage pour se soigner. C’est injuste et profondément choquant

France Assos Santé, communiqué relayé par Notre Temps, février 2026

Le débat dépasse la seule question comptable. Les associations de patients y voient un signal préoccupant pour l’accès aux soins, en particulier pour les personnes les plus fragiles. Le ressenti d’une médecine plus coûteuse s’installe à mesure que les forfaits se multiplient, même lorsque la dépense finale demeure prise en charge.

Les patients qui restent exonérés

La règle connaît des exceptions qui protègent certains publics. Plusieurs catégories d’assurés échappent totalement à ce forfait, quel que soit le coût de l’acte pratiqué. Les femmes enceintes prises en charge au titre de l’assurance maternité, les bénéficiaires de la Complémentaire santé solidaire et de l’Aide médicale de l’État, ou encore les victimes d’actes de terrorisme n’ont rien à acquitter.

Restent les personnes sans complémentaire, soit entre 2,3 et 2,5 millions d’individus selon les estimations du secteur. Pour elles, chaque acte lourd se solde par 32 € à régler directement, sans relais d’aucune mutuelle. C’est sur cette frange, la plus exposée au renoncement aux soins, que la hausse pèse le plus lourdement.

Vérifier son contrat avant la prochaine hospitalisation

Au-delà du chiffre, cette participation rappelle une évolution discrète : le périmètre du remboursement public se resserre et les complémentaires comblent l’écart. Le contrat responsable reste le meilleur rempart contre ces forfaits qui s’accumulent, encore faut-il connaître le niveau de garanties de votre contrat.

La prochaine hospitalisation ou le prochain examen d’imagerie donnera la mesure concrète de ce que recouvre cette ligne de 32 €. Entre un régime obligatoire qui se désengage et des mutuelles sous tension, l’équilibre du financement des soins se rejoue à bas bruit, une participation après l’autre.

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